vendredi 16 novembre 2018

Form'Action


Durant le week-end de Pâques a lieu Form’action, le weekend de formation organisé par les Jeunes POP. Dès vendredi après-midi, les participants et intervenants, venus de toute la Suisse et même de l’étranger, ont débattu et échangé autours des thèmes de l’apprentissage en Suisse et des luttes pour les droits des apprentis lors d’une table ronde animée par deux jeunes POP : Ricardo Pinto, ancien apprenti, maintenant lui-même formateur et de Léa Aligisakis, syndicaliste.
La soirée s’est poursuivie avec une conférence de Estela Gilbaja, membre du parti communiste espagnol, qui a parlé des grèves féministes qui ont mobilisé ces deux dernières années en Espagne. L’occasion pour le public de connaître les difficultés et les victoires de ce mouvement en vue de la grève féministe prévue cette année en Suisse.
Le lendemain, commençaient les différents cours auxquels les participants pouvaient s’inscrire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y avait du choix. Un cours d’introduction à la pensée marxiste a permis aux débutants de se familiariser avec cette vision économique et philosophique de l’histoire des sociétés et envisager des perspectives d’avenir pour un monde plus juste. Un autre cours, donné par un camarade de Comac (Belgique), proposait d’interroger notre société sur un point que l’on essaie de nous faire tenir pour acquis : vivons-nous vraiment en démocratie ? La place de l’école dans la société et son évolution en parallèle avec l’économie ont également été interrogés lors d’un cours intitulé « L’école, lieu d’émancipation ? ». Les Jeunes POP étant un mouvement national, un cours en allemand sur l’antimilitarisme était également au programme.
Deux cours d’une journée ont également été donnés, l’un sur une déclaration des droits des paysans conçue par un syndicat indonésien et entrée depuis dans le droit international et l’autre sur les relations entre la Suisse et l’Union européenne. Le tout a été accompagné d’activités ludiques et propices à la bonne humeur !
Si vous êtes intéressés à vivre ce rendez-vous incontournable, Form’action revient l’année prochaine, pendant le weekend de Pâques !


jeudi 15 novembre 2018

Du langage de la lutte à la lutte du langage


Du langage de la lutte à la lutte du langage

En hommage aux grandes manifestations ouvrières du 1er Mai 1886 à Chicago, une Journée Internationale des travailleuses et travailleurs est décrétée. Avec le régime de Vichy, cette journée devient progressivement la « Fête du Travail », permettant de contrôler la « lutte » et de valoriser… le « travail » ! 
Ce type de renversement est connu : Tiré de Georges Orwell (1984), l’« anti-langue » (novlangue) est un procédé qui a pour but de supprimer les éléments subversifs du langage. Si le mot et le concept n’existent plus, il devient impossible de nommer et de comprendre la réalité. La démocratie, qui se base sur l’existence des contradictions, est alors affaiblie, voire supprimée. 
Les exemples de remplacement sont innombrables ! Citons par exemple : 
  • « exploités » par « défavorisés » : il n’y a plus d’exploiteurs. Les « défavorisés » manquent tout au plus de chance ou d’opportunité… plus de révolte possible. 
  • « bombardements » par « frappes chirurgicales » : Entre un mot négatif et positif, notre cerveau retient le second : « chirurgicale » qui a un effet thérapeutique.   
  • « Défiscalisation » par « fiscalité adaptée » : de la bouche même de notre ministre des finances, entendez par là une nouvelle réduction massive de l’impôt sur les entreprises. 
  • « décroissance » par « croissance négative » : les oxymores, juxtaposant deux termes contradictoires, bloquent la réflexion, le mouvement de la pensée. 
  • « Lutte contre la discrimination » par « discrimination positive » : on légitime la discrimination par un artifice qui ne recherche, ni ne combat pas les causes.
  • « salariés » par « associés » : Dénomination des employés chez Amazone, dont les conditions sociales relève de l’esclave moderne.  
Sans compter tous les pléonasmes qui ne veulent rien dire : « démocratie participative »… comme s’il y avait une « démocratie contemplative » ; « tri sélectif »… comme si quelqu’un triait sans sélectionner ; « population active »… merci pour ceux qui sont passifs… 
Bref, comme le rappelle Franck LePage : la désintoxication langagière doit être une priorité. Belle Journée Internationale des Travailleuses et Travailleurs !


mardi 13 novembre 2018

Cri de rage !


Cri de rage !

Aujourd’hui, c’est un cri de rage qui doit retentir de toutes parts dans la société ! Pas un cri de rage impuissante, mais au contraire une rage qui mène à l’action. Dans son mouvement dynamique contradictoire, le capital conduit deux processus distincts, mais unis : à la fois une destruction massive de l’écosystème vivant de la planète, un rouleau compresseur qui broie impitoyablement la force de travail et, au-delà, les individus et produit une aliénation peut-être sans précédent dans l’histoire de l’humanité, mais, de manière antinomique, il développe également les capacités individuelles et collectives d’une façon historiquement unique dans l’histoire.

A titre d’exemple, jamais la science n’a ouvert autant de champs et abouti à autant de découvertes, notamment sur le fonctionnement humain (neurosciences, psychiatrie, sociologie) et biologique. Il n’est pas un jour où des avancées décisives dans la prise en charge des maladies ne sont pas franchies. Jamais, l’espérance de vie en bonne santé n’a été aussi grande dans les pays capitalistes développés et, pourtant, jamais la misère aussi bien économique que morale, sociale et affective n’a été aussi importante et aussi totalement partagée qu’actuellement.

Nous assistons à ce spectacle désolant dans lequel l’isolement, l’atomisation et la fragmentation de soi a pris le pas sur le commun et les réponses collectives aux problématiques sociales, pures produits de la logique capitaliste de la marchandisation et de l’inversion de sens. Capitalisme dans lequel les sujets deviennent des objets (forces de travail, ressources humaines) et les choses (marchandises, argent, capital) des créatures vivantes douées de pouvoirs surnaturels devant lesquels les êtres humains doivent s’incliner et être prêts à mourir.

Pourtant, les réflexes de survie sont présents partout dans les classes dominées (gilets jaunes, manifestations climat), où le besoin de collectif, d’être ensemble, explose littéralement et rend à la fois vie et dignité à chacun et à chacune. Un cri de rage retentit et réclame des pouvoirs dominants une écoute, une réponse et des actions. A cet égard, nous sommes dans la Russie de 1905 ou la France de 1788 où les mobilisations populaires réclamaient seulement du monarque qu’il se penche sur les préoccupations plébéiennes. La réplique étatique a toujours été la répression, car derrière l’Etat attend embusqué l’homme armé. 

Aujourd’hui, nous nous trouvons une fois de plus dans cette situation prérévolutionnaire dans laquelle une sorte de présent éternel semble borner l’horizon historique et étouffe l’imagination collective. La violence physique et symbolique reste du côté du pouvoir (mobilisation de l’armée contre les manifestants en France, appel au respect des institutions parlementaires) et le peuple est exhorté à ne pas utiliser la force. Toutefois, le cri de rage ne pourra pas se contenter de promesses ou de faux-semblants, encore moins d’être muselé à l’image de ce que l’Empire US fait subir à Julian Assange. Dans une dynamique contradictoire, l’impuissance et la puissance, comme capacités illimitées de réflexions et d’actions, jouent l’une contre l’autre et l’une avec l’autre. Autant dire que le blocage ne durera pas et qu’un dépassement en jaillira. Dans quelle direction…? Il y a un siècle c’était socialisme ou barbarie, aujourd’hui l’alternative est le communisme ou la mort. Toutefois, la voie communiste ne sera pas, comme au siècle dernier, mouvement insurrectionnel visant la prise du pouvoir d’Etat, mais une évolution révolutionnaire dictée par l’appropriation collective des formidables possibilités ouvertes par le présent dans ce qu’il a de plus prometteur en termes d’émancipation humaine.

Julien Binggely